Avec l'automne, vient le temps de la cueillette des champignons. Un loisir avant tout. Mais qui, parfois, conduit à certaines dérives et à des tensions. Résultat : dans certaines communes, des cartes sont exigées, pour ramasser les cèpes, notamment.
Que dit la réglementation ? « Les fruits naturels de la terre appartiennent au propriétaire par droit d'accession » (article 547 du code civil). Sont concernés : les champignons mais aussi les myrtilles, les framboises…
La cueillette des champignons est devenue une activité très réglementée. Il n'est pas question de ramasser les champignons en catimini, sur le terrain d'autrui, même en l'absence de clôture autour du pré ou autour des bois privés. Il faut l'autorisation du propriétaire. « à défaut, le prélèvement est qualifié de vol », explique Erick Cusson, le gérant du Service interdépartemental de garderie particulière (SIGP), une SARL qui s'est constituée pour la surveillance et la protection des propriétés privées et qui regroupe des gardes particuliers professionnels.
L'Association des propriétaires forestiers et agricoles de Bigorre a fait appel aux gardes particuliers. Et à Aubarède, Bouilh-Péreuilh, Cabanac, Chelle-Debat, Castelvieilh, Jacque, Marquerie, Mun, Osmets, Peyriguère et Thuy, des cartes de propriétaires ou de résidents sont obligatoires pour cueillir des champignons sur les propriétés privées.
« Seuls les propriétaires ont le droit d'inviter des personnes qu'ils doivent accompagner lors de la cueillette », précise Jean-Luc Tharan, le président de l'association, qui fait valoir que par cette mesure, il s'agit d'abord de respecter les propriétaires et les propriétés privés.
À ceux qui critiquent cette décision, le responsable de l'association répond : « Est-ce que vous accepteriez que l'on vienne chez vous sans prévenir et que l'on se serve ? ». Jean-Luc Tharan met en avant que les propriétaires paient pour le foncier et qu'il est donc normal qu'ils puissent bénéficier de « ces fruits naturels de la terre ».
Notez que le secteur du Nistos est aussi soumis à réglementation, de même que certains bois communaux. Il convient donc de se renseigner en mairie ou à l'Office national de la forêt (ONF).
« Nous en sommes arrivés là car dans le passé, des dégradations ont été constatées. Des clôtures ont été arrachées, des vols de bois ou du pillage de petits arbres ont été commis. Autre tendance : certains chercheurs de champignons venaient faire du business en cueillant des cèpes qu'ils revendaient ensuite sur les marchés », raconte Jean-Luc Tharan.
Jusqu'à 300 € d'amende
En cas de non-respect des arrêtés préfectoraux sur une zone réglementée, vous êtes passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 300 €. Autant dire qu'il faut savoir où l'on met les pieds.
Dans le Gers, la Dordogne et la Corrèze, les cartes nécessaires pour la cueillette des champignons sont monnaie courante. Le phénomène devrait donc s'étendre à d'autres secteurs de notre département. Mais beaucoup de personnes s'accordent à dire qu'il convient de trouver un juste équilibre et de faire la différence entre ceux qui ramassent des champignons pour leur plaisir et leur consommation personnelle, et ceux qui en font un commerce sur « le dos » des propriétaires. Comme dans bien des domaines, il faut raison garder. Et tout est dans la mesure.
Article paru dans "La Dépêche"