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10/10/2006 : Bataille de Champignons
La bataille autour des champignons fait rage. Des bagarres, des vols, des coups, on est bien loin de l'image champêtre des cueillettes d'autrefois...

Jeudi, Claudette a fait 25 bocaux. Elle en a aussi congelés, séchés, préparés en potage. «On offre des cagettes entières aux amis et aux voisins.» Depuis une semaine, elle et son mari, Daniel, ont ramassé plus de 125 kg. «Ils sont tous plus beaux les uns que les autres. Bientôt on en trouvera sur l'autoroute, tellement il y en a partout. A la fin, je ne les prends même plus. Je suis presque écoeurée.» Les mêmes quantités exceptionnelles de champignons se retrouvent partout dans le Sud-Ouest.
Mais, à année remarquable, convoitises décuplées. En quelques jours, les bois ont été envahis de ramasseurs. On se bouscule devant le moindre bosquet, des Pyrénées à la Corrèze. Les bottes dans le coffre, chacun part ausculter l'humus, avant d'aller au boulot. Sauf que beaucoup de propriétaires apprécient très modérément de croiser des inconnus au petit matin sur leur parcelle.
«A la lampe de poche». Cette rare abondance engendre tous les excès. Avec ses quatre hectares boisés dans le sud de la Charente, cet agriculteur préfère rester anonyme. Il tempête : «Sinon c'est comme si on mettait une flèche sur une carte au trésor.» Tous les jours, c'est pareil : ses clôtures sont arrachées, les meilleurs coins piétinés. Même s'il s'y met dès le lever du jour, il y a toujours quelqu'un pour être passé avant lui. «Ils ramassent de nuit à la lampe de poche, explique-t-il. Une drôle de folie. C'est vrai que c'est bon, mais on a l'impression que les gens sont prêts à tout.»
Pneus crevés, pare brises éclatés, coups de bâtons, vols de paniers. Dans certaines communes, on a tout simplement instauré la cueillette payante, afin de limiter les dégâts. Ainsi, à Ligardes (Gers), la carte annuelle coûte 10 euros pour les propriétaires, 20 euros pour les riverains. Chacun des 900 adhérents la reçoit en double exemplaire : un dans la poche, l'autre sur le pare-brise. Pierre Dulong, maire de la commune, se souvient de son dernier coup de sang il y a quatre ans. «Ça a été la guerre. Une grosse pousse et, pendant deux semaines, on a eu 400 à 600 voitures stationnées tous les jours à l'orée du bois. Il y en avait partout ; plusieurs propriétaires se sont fait agresser en essayant de mettre un peu d'ordre chez eux.» Les cueilleurs les plus culottés vont jusqu'à garer des camions cuisine dans les chemins pour stériliser sur place les bocaux qui seront aussitôt revendus sur les marchés.
Vol. Désormais, autour de Ligardes et des huit communes de l'association, on a planté un panneau «cueillette interdite» tous les cinquante mètres, et une société de gardiennage est payée pour faire le tour des bois. Garde assermenté, Eric Cusson a l'habitude de travailler avec ce type de d'association de propriétaires. «Le système se développe à vitesse grand V. Ils n'étaient que quelques dizaines il y a cinq ans à réglementer ainsi la cueillette. Maintenant on les compte par centaines.»
Trois associations sont nées dans les Hautes-Pyrénées, une dans les Pyrénées-Atlantiques, deux dans le Gers. Et le Pays Basque comme la Dordogne finalisent leurs structures. Le garde est habilité à dresser des procès verbaux, la cueillette étant considérée comme un vol quand elle est pratiquée sans autorisation. Chaque saison, il en transmet plus d'une trentaine au procureur.
A Monpazier (Dordogne), devant la halle, avant l'ouverture du grand marché aux cèpes, tous les vendeurs sont contrôlés. Il s'est vendu mardi plus d'une tonne et demie. Avec de telles quantités, les cours sont d'ailleurs en chute libre. Moins de 10 euros le kilo pour les très fameux têtes noires.
Champignons à foison, le Sud-Ouest en ébullition
Par Laure ESPIEU
QUOTIDIEN : Lundi 9 octobre 2006 - 06:00
Bordeaux correspondance
Article paru dans le journal "Libération" le 9 Octobre 2006

 
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